20/06/2024
AU BONHEUR D’ABATTRE.
Ces élections plus ou moins bienvenues créent un bo**el sans précédent. Mais ce qui me préoccupe le plus – et que je vous invite à méditer – ce sont les mots utilisés.
Je n’entends pas – ou si peu – parler d’idées, de programmes, de philosophie ou de convictions. Ni même de partis. Ni même de droite, de centre ou de gauche.
Je n’entends pas de projets, je n’entends pas d’optimisme, je n’entends que des terreurs qui s’affrontent dans un sordide pessimisme.
En guise d’avenir, on n’aurait donc le choix qu’entre celle des trois qui nous ferait le moins peur : l’extrême droite, l’extrême gauche ou l’extrême lassitude.
Les mots, le langage, sont les supports de l’intelligence. Ils permettent de se comprendre, plutôt que s’affronter. Ils autorisent la nuance et façonnent la pensée.
Les mots utilisés dans cette période de « campagne » sont bestiaux et primaires. Ils se hurlent au lieu de s’expliquer. Ils sont d’une violence imbécile.
Mais manque de pot, ils signifient quand même quelque chose et, surtout, ils témoignent de leur époque.
Ils témoignent d’une tendance sûrement inéluctable qui m’interpelle et m’attriste.
On ne vote pas « pour », on vote « contre ».
On n’exprime pas ses choix, on hurle ses rejets.
On ne cherche pas ce qui est bon dans un bilan, on ne garde que ce qui est mauvais.
On n’aime pas aimer, on adore détester.
On ne croit pas, on condamne.
Les vieux cons disent que c’était mieux avant. Je ne sais pas.
Ce que j’observe quand même – et ça ne date pas d’aujourd’hui – c’est que
Valéry Giscard d’Estaing a quitté le pouvoir en faisant l’unanimité contre sa personne.
François Mitterrand : pareil.
Nicolas Sarkozy : pareil.
François Hollande : pareil.
Et Emmanuel Macron est entrain d’atteindre des sommets en matière de détestation.
Va savoir pourquoi, il n’y a que Chirac qui n’ait pas pris trop cher…
J’ai parfois l’impression que depuis Louis XVI, on n’a qu’un projet politique partagé par tous : brandir la tête du monarque au bout d’une pique. Ça fait mine de nous amuser, de dire qu’on retrouve bien ici cet esprit franchouillard réputé nous rassembler…
Mais je suis désolé, moi ça ne me rassemble pas.
Je suis fondamentalement déçu que les hommes politiques en général se laissent ba**er par le système qu’ils sont censés piloter. J’en veux (bêtement et impuissamment, je l’avoue) aux médias de réduire le débat à quelques mots-clés qu’on se balance comme des grenades incendiaires. J’en veux (bêtement et impuissamment, je l’avoue) à internet et aux réseaux de rétrécir encore plus le débat et de laisser les grenades à la portée de n’importe quel crétin. Je m’en veux de regarder ça les bras ballants et de n’y rien pouvoir faire.
Non, ça ne me rassemble pas, ça me disloque.
Ça me fait c***r de voir partout autour de moi des gens qui pensent avec des gants de boxe et qui ne semblent animés que par une libido toxique : le bonheur d’abattre.