15/09/2022
LE LATCHITCHOU N2
Si LAMY m’était conté (histoire de faire diversion)
Lamy, c’était le cheval de trait de mon père. J’ai le souvenir d’un monstre “bai brun” avec qui j‘étais certainement le seul à m’entendre et à passer de longues heures auprès de lui dans son écurie. Mon père, sur un ton résigné, disait toujours “es caput com un miol” ce qui voulait dire “il est têtu comme une mule”.
En effet, quand Lamy n’avait pas envie, je me souviens l’avoir vu labourer la vigne en travers du rang, ce qui lui valait d’abord d’arracher quelques souches au passage et de prendre ensuite une sacrée volée infligée par le paternel. Ce qui ne lui faisait ni chaud ni froid tellement il était solide et même si cet état de fait me déplaisait. Alors Lamy tournait sa tête vers moi en un clignement de l’œil d’un air de dire “t’as vu, je l’ai bien eu”. Ce qui avait pot/r effet de me rassurer et m’amuser beaucoup, mais sortait certainement de mon imagination de gosse.
A part ça, nous habitions en haut du village. Les rues n’étaient pas goudronnées comme actuellement et le pas des chevaux résonnait quand même jusque dons ma chambre, berçant au petit matin ma demi-somnolence. Les caves viticoles germaient tout autour de chez nous et je me souviens que, durant la vendange, nombre de chevaux calaient â moitié cote sans pouvoir aller plus loin, lestés de leurs charrettes chargées de comportes pleines. Combien de fois le père Chausset dont la voix résonnait dans le couloir de la maison est-il venu chercher du secours ? « Jeannot, criait-il, Bijou a calé à moitié cote. Tu peux venir avec ton cheval ?” Et mon père, remarquablement serviable, se pointait avec Lamy et deux longs traits, toujours accrochés au collier et destinés à cela. Alors, à ma grande joie, le cinéma commençait. Les spectateurs connaisseurs étaient là, attendant le dénouement. Bijou prenait son air déconfit et désolé, accroché qu’il était au piton scellé â cet effet dans le mur d’en face, la cave Régis.
Mon père, avec son ton théâtral, faisant évacuer les spectateurs trop proches, attelait Lamy devant le pauvre Bijou et, après avoir délivré ce dernier de son attache, suggérait à Lamy d’aller voir en haut si la messe avait démarré dans l’église, proche de la cave de Mme Chausset. Lamy, fort de cette confiance, et conscient du spectacle qu’il produisait, arrachait alors le pauvre Bijou, charrette et comportes comprises, les veines du cou gonflées à mort et ne voulant personne devant lui.
J’étais admiratif et mon copain, au moment où le paternel lui criait « bio » pour qu’il n’oublie pas de tourner à gauche vers l’église, me clignait encore de l’œil pour me laisser entendre que cette bricole le faisait rire. Nous étions deux.
Pour la nième fois, Bravo Lamy et â la prochaine, tu en as plein â ton palmarès.
Publié par Gilbert Querelle