27/09/2026
[ C'est en qualité de membre du Comité d'organisation et de Rapporteurs n°1 que j'ai pris part à la 6e édition du Festival culturel et scientifique NGIENU (qui signifie l'embouchure en langue vernaculaire).
C'est le seul Festival au Gabon qui réunit sur la table de.discussion les Hommes de science et les Hommes de culture.
Je vous invite à lire très attentivement le discours de clôture qui suit ]
*_DISCOURS DE CLÔTURE - FESTIVAL NGIENU CULTURE 2026_*
*_6e Édition - Version Intégrale avec Recommandations_*
*_Samedi 26 Septembre 2026 - Maison Georges Rawiri_*
*_Mesdames et Messieurs, Distingués invités,_*
Nous voici au soir du 26 septembre 2026. Depuis trois jours, cette Maison Georges Rawiri a cessé d'être une simple salle, un simple hall. Elle est redevenue ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : un corps de garde, une maison de la parole, l'Embouchure où toutes les rivières de notre mémoire se sont rencontrées.
Pendant trois jours, nous avons donné et nous avons reçu. C'est cela, NGIENU.
*_La réappropriation de notre histoire et de notre identité culturelle_* n'est pas un slogan. C'est une question de survie. Un peuple qui oublie son nom finit par répondre au nom que les autres lui donnent. Pendant ces trois jours, nous avons, ensemble, refusé d'oublier.
Je voudrais, en votre nom à tous, exprimer notre profonde gratitude à l'ensemble de nos intervenants. Sans les citer individuellement, de peur d'en oublier, je veux remercier nos patriarches, nos professeurs, nos docteurs, nos pasteurs, nos artistes et nos artisans. Vous êtes venus de partout pour partager votre lumière.
*_Vous nous avez rappelé une vérité essentielle que je souhaiterais graver dans la mémoire de cette assemblée :_*
*_Pendant que l'Université est le temple du savoir, le foyer de la science, la Culture est le temple de la connaissance, le foyer de la conscience._*
Comme nous l'enseignait Rabelais il y a plusieurs siècles : *_Science sans conscience n'est que ruine de l'âme._*
Voilà pourquoi ce festival était indispensable. Nous avions besoin des deux.
La science, c'est notre jambe gauche. La conscience, c'est notre jambe droite. Pour avancer sereinement vers le développement, un peuple a besoin de ses deux jambes pour bien marcher. S'il n'a qu'une seule jambe, il est fragilisé. Il vacille. Il tourne en rond.
Mais la conscience sans *_éthique_* est aveugle. Et le savoir sans *_dignité_* est stérile.
Pendant longtemps, l'on a voulu nous faire marcher sur une seule jambe, celle de la science importée, en nous faisant parfois honte de l'autre jambe, celle de notre conscience culturelle. L'on nous a appris à connaître le monde, mais l'on nous a fait oublier l'éthique qui nous permet de nous comporter avec justesse dans ce monde. L'on nous a encouragés à obtenir des diplômes, mais l'on nous a parfois fait perdre la dignité d'être nous-mêmes.
Ce festival nous a remis debout. Il nous a rappelé avec force : *_Tenons-nous solidement debout sur nos deux jambes !_* C'est cela, une identité assumée. C'est cela, une culture debout ! Une culture qui redonne l'éthique et qui restaure la dignité.
Je tiens à remercier chaleureusement nos artistes, nos danseurs, nos détenteurs de la tradition. Vous êtes la jambe droite qui nous permet de tenir en équilibre.
Je voudrais adresser un remerciement particulier et appuyé à nos médias de service public. À *_GABON TÉLÉVISION_* et à *_RADIO GABON_*. Grâce à votre accompagnement professionnel, NGIENU n'est pas resté confiné entre quatre murs. Il est entré dans chaque foyer. Soyez-en sincèrement remerciés.
Alors, que devons-nous retenir ?
*_Premièrement_*, que notre identité n'est pas une prison, c'est une fondation. C'est le socle même de notre dignité.
*_Deuxièmement_*, que la transmission est une urgence. Car transmettre, ce n'est pas seulement transmettre une danse ou une langue, c'est transmettre une éthique : l'éthique du respect de l'aîné, du respect de la parole donnée, du respect de la forêt et du respect de la femme.
*_Troisièmement_*, que la culture doit nourrir son homme et structurer la communauté dans la dignité.
*_Permettez-moi de m'arrêter un instant sur deux plaidoyers qui nous paraissent essentiels._*
*_1. PLAIDOYER POUR L'ARTISTE ET L'ARTISAN GABONAIS_*
L'on ne saurait parler de dignité si celui qui porte notre âme vit dans la précarité. Aujourd'hui encore, un artiste gabonais est écouté partout, mais il peine à vivre de sa musique. Un artisan sculpte, tisse la vannerie, façonne la poterie, mais il demeure dans le dénuement pendant que son œuvre est valorisée ailleurs. Pourquoi ? Parce que le droit d'auteur reste trop souvent bafoué.
C'est pourquoi je lance un appel solennel aux pouvoirs publics : *_Il est impératif de garantir le paiement effectif du droit d'auteur à nos artistes et à nos artisans._* Ce n'est pas une faveur, c'est une exigence d'éthique et de justice.
*_2. PLAIDOYER POUR NOS CHEFFERIES_*
Et l'on ne saurait parler de réappropriation de notre identité sans évoquer ceux qui en sont les gardiens au quotidien. Nos chefferies sont les gardiennes de notre éthique sociale.
Aussi, je sollicite très respectueusement des autorités compétentes : *_L'institutionnalisation des CHEFFERIES TRADITIONNELLES dans chaque communauté_*, pour la gestion officielle des US ET COUTUMES, et *_l'institutionnalisation des CHEFFERIES SPIRITUELLES_*, pour la gestion de nos RITES ET TRADITIONS. Nos grands initiés ne sont pas ce que l'on caricature, ce sont des bibliothèques vivantes.
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*_C'est la raison pour laquelle, nous formulons les RECOMMANDATIONS qui seront consignées dans l'Acte de Libreville de NGIENU 2026 :_*
*A. QUATRE RECOMMANDATIONS À L'ENDROIT DU GOUVERNEMENT*
*_1. L'institutionnalisation des Chefferies Traditionnelles et Spirituelles_*, comme garantes de l'éthique et de la dignité communautaire, avec statut, rôle et moyens.
*2. La création d'un FONDS DE SOUTIEN À LA CULTURE ET À L'ENTREPRENEURIAT CULTUREL*, géré avec éthique et transparence, pour restaurer la dignité de l'artiste et garantir le droit d'auteur.
*_3. La création d'une MAISON DE LA CULTURE dans chaque capitale provinciale._* Non pas une simple salle de fête, mais une véritable maison d'apprentissage des métiers de la culture : Art, artisanat, vannerie, poterie, sculpture, conte, et école de musique traditionnelle.
*_4. L'inscription du Festival NGIENU dans le calendrier culturel officiel de l'État gabonais._*
*B. TROIS RECOMMANDATIONS D'ORGANISATION INTERNE POUR QUE NGIENU NE S'ÉTEIGNE PAS*
*_5. La convocation d'une Assemblée Générale Extraordinaire_* dans les prochaines semaines, pour refonder l'Association Culturelle NGIENU.
*_6. La mise en place de deux comités permanents_* qui travailleront en étroite collaboration en vue de produire des rapports périodiques :
- *_Un Comité Scientifique_*, chargé de la recherche, de la documentation et de la production de savoirs endogènes.
- *_Un Comité Culturel_*, chargé de l'animation, de la transmission et de la valorisation des patrimoines vivants.
*_7. La création d'un Service de Communication permanent_* pour accompagner l'Association Culturelle NGIENU dans ses activités et pour formuler des recommandations structurées et argumentées à l'endroit du Gouvernement.
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Nous fermons ces portes, mais nous n'éteignons pas la flamme.
NGIENU n'est pas fini. NGIENU commence.
Que chacun reparte avec une mission : être, là où il se trouve, une petite embouchure d'éthique et de dignité.
Vive la culture gabonaise !
Vive NGIENU Culture !
Vive le Gabon debout sur ses deux jambes, avec éthique et dignité !
*_PAPA KOUMBA MBOULA, Président de l'association culturelle NGIENU_*