23/10/2024
Au bout de ma plume
GENRE ET FINANCEMENTS INTERNATIONAUX DE L’ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE : CONTRIBUTION À L’ANALYSE DU CAS DE LA GUINÉE.
Ce qui suis est un préfixe, en tout cas pas plus qu’une annonce, celle de mon intéressement sans effet de rupture, au droit de l’environnement dans sa dimension internationale et comparée.
Après un Master 2 en DICE (droit international et comparé de l’environnement) passé avec brio à l’Université de Limoges, l’aventure se poursuit à l’échelle suivante avec (mais sous réserve de confirmation) la très célèbre Science Po pour 3 ans (2025-2027).
Il s’agit donc, ici, non pas d’un article (comme cela pourrait bien paraître), mais d’un extrait du projet de recherche.
Le vif du sujet !
Les problèmes environnementaux ont des implications sur les modes de vie des communautés humaines, car sont-ils à l’origine de l’appauvrissement, la rareté et finalement de l’épuisement des ressources garantissant leur subsistance (ressources en eau, ressources naturelles, écosystème, faune, flore,) d’une part, de la disparition ou la menace de disparition de certaines espèces, d’autre part1. Partant, l’humanité toute entière s’accorde, depuis environ un demi-siècle, à reconnaître que la dégradation de l’environnement constitue une préoccupation mondiale.
Mais en raison de la diversité, mais également des disparités géographiques, politiques, économiques et sociales notamment, les effets de la détérioration de l’environnement peuvent varier d’une société humaine à une autre, d’une communauté donnée à une autre et d’un individu à un autre.
Parmi les grands facteurs qui expliquent ce caractère variable des effets de la dégradation de l’environnement, nous retenons deux facteurs qui, nous semble-t-il, s’illustrent le mieux : l’un, d’ordre social (ou socioculturel) et l’autre, économique, comme le témoignent les enseignements selon lesquels « les problèmes environnementaux ont des dimensions sociales et économiques complexes »2.
La dimension sociale des problèmes environnementaux peut être appréhender sous au moins deux observations.
Premièrement, la communauté humaine est caractérisée par une hétérogénéité qui engendre des discriminations fondées sur le sexe. En effet, en dépit des multiples déclarations et engagements de la communauté internationale en faveur des droits humains et de l’égalité entre les l’homme et la femme, Plusieurs formes d’inégalité et d’iniquité persistent entre les hommes et les femmes : « dans la plupart des sociétés, il y a des différences et inégalités entre hommes et femmes en ce qui concerne les responsabilités accordées, les activités exercées, l’accès aux ressources et le contrôle de celles-ci, ainsi que les opportunités de prise de décision »4.
Les structures sociales, à l’échelle mondiale, limitent drastiquement la capacité des femmes à posséder des terres, à emprunter et à investir de l’argent, ou à même créer une entreprise. A titre illustratif, sur 143 pays dans le monde, au moins une loi limite dans 90% des cas, l’égalité économique des femmes.
En Afrique, les implications sociales des défis environnementaux sont de plus en plus croissants. Dans ce continents plusqu’ailleurs dans le monde, les femmes sont généralement reléguées dans une hiérarchie sociale seconde par rapport aux hommes. Ce statut social inférieur qui leur est imposé est particulièrement illustratif dans plusieurs domaines : l’accès des femmes à la formation et à l’information ou encore et par conséquent, leur faible participation au processus de prise de décision au sein de la société et dans les ménages .
Deuxièmement, en raison de leur forte dépendance des ressources naturelles, les femmes sont économiquement plus touchées que les hommes par les problèmes environnementaux. Dans sa politique de 2017 sur l’égalité des sexes, le Fonds pour l’environnement mondial stipule que « les hommes et les femmes utilisent les ressources naturelles différemment et, par conséquent, ils sont affectés différemment par les changements touchant ces ressources. L’inégalité des sexes et l’exclusion sociale accentuent les effets négatifs de la dégradation de l’environnement sur les femmes et les filles »6.
Les conséquences négatives des détériorations de l’environnement sur les femmes africaines n’épargnent aucun secteur d’activités dont elles dépendent : l’agriculture, l’élevage, les forêts, les ressources en eau et la pêche. Pour sa part, le Groupe régional thématique genre pour l’Afrique de l’ouest et du centre déclare, leur concernant, ce qui suit : « en général, les femmes et les filles sont plus susceptibles de subir les effets néfastes du changement climatique que les hommes, car elles (…) dépendent souvent directement des ressources naturelles menacées par le changement climatique comme principale source de nourriture et de revenus… »7.
Il en résulte que dans les sociétés africaines, les femmes peinent à accéder aux financements, aux formations au travail rémunéré et aux ressources nécessaires pour mener des actions efficaces de préservation de l’environnement.
Que les femmes qui sont de facto les principales gestionnaires des ressources naturelles en Afrique et jouent, à ce titre, un rôle crucial dans la protection de l’environnement, fassent face à de si nombreux défis, appelle donc, logiquement, à des interrogations.
Face à tous les défis évoqués plus hauts et de nombreux autres tenus secrets, le financement international est appelé à jouer un rôle crucial dans la mise en œuvre de projets dédiés à la protection de l’environnement dans ce continent. L’allocation des ressources financières internationales pour la mise en œuvre des programmes et plans de protection de l’environnement doivent, au demeurant, avoir un impact différencié selon le genre et susciter des questions essentielles.
En République de Guinée, la place du genre dans les financements internationaux dédiés à la protection de l’environnement, est un sujet important à explorer. Il soulève des interrogations sur la manière dont les ressources financières destinées à la protection de l’environnement prennent en compte les différences de genre et contribuent à renforcer l’équité et l’inclusion des femmes dans cette démarche.
Il est donc essentiel d’analyser de près comment les financements internationaux sont utilisés en Guinée pour soutenir des projets environnementaux et si ces initiatives intègrent une perspective de genre. Cela implique de s’interroger sur la participation des femmes dans la mobilisation des ressources, mais surtout dans la prise de décision concernant l’allocation des fonds, leur accès à des formations spécialisées et leur capacité à mettre en œuvre des activités de protection de l’environnement de manière autonome et efficace.
Examiner le lien entre genre et financements internationaux de la protection de l’environnement en Guinée à un double intérêt. Premièrement, il devrait permettre d’appréhender le poids que pèse la dimension genre dans la mobilisation en Guinée, des ressources financières internationales destinées à la protection de l’environnement. Deuxièmement, il aidera à comprendre comment et en quoi une approche plus inclusive et équitable dans la gestion des ressources financières internationales peut-elle garantir que les femmes bénéficient pleinement des opportunités offertes par ces initiatives de développement durable.
L’étude du cas de la Guinée se veut en ce sens d’être une exploration du comment les dynamiques de genre influencent le financement international de la protection de l’environnement dans le pays.
Il s’agira, concrètement, d’un essai d’examen expéditif des politiques, pratiques et résultats pour identifier les défis, les opportunités et les implications de la dimension genre dans le domaine de l’environnement en Guinée. Cela offrira in fine, une nette visibilité des perspectives décisives pour une approche plus inclusive et efficace de la protection de l’environnement dans ce pays.
Le projet entier est accessible via ce lien : https://mipgroup-expert.com/projet-de-recherche/