24/08/2026
Belle initiative pour les ménages modestes. Le solaire ne doit pas être réservé qu’aux ménages aisés. Il est facile d’être écologique lorsqu’on a aucun soucis pour remplir son caddie…
C’est sous un soleil symbolique qu’a été donné samedi 22 août, à Henrietta, le coup d’envoi officiel de la Phase 2B du Home Solar Project en presence du Ministre de de l'Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden. Une cérémonie d’envergure orchestrée par le Central Electricity Board (CEB) en collaboration étroite avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Aux commandes de ce projet phare, le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a dévoilé une initiative taillée sur mesure pour les ménages vulnérables. Mais derrière l’enthousiasme affiché pour la décarbonation, l’annonce soulève de vives interrogations économiques. L’État mauricien fait-il le bon choix pour l'ensemble de la population ?
Une bouffée d’oxygène pour 2 000 foyers vulnérables : le volet social du projet affiche des arguments percutants avec l'installation gratuite de 2 000 systèmes photovoltaïques de 2 kW sans frais pour les bénéficiaires, une prise en charge totale par le CEB qui finance l’investissement initial, l'exploitation et la maintenance sur le long terme, ainsi que des factures allégées grâce à un crédit mensuel garanti de 100 kWh pendant 20 ans, le tout soutenu par une coalition d'institutions internationales majeures comprenant le PNUD, l’IRENA, le Fond Vert pour le Climat et le Fond d’Abu Dhabi pour le Développement.
Actuellement, environ 12 000 ménages mauriciens sont équipés de panneaux solaires. L’objectif fixé par le gouvernement pour les cinq prochaines années est colossal : atteindre au moins 80 000 foyers. Pour épauler cette montée en charge, le gouvernement soutient également le Household Rooftop Solar Photovoltaic Grant Scheme, offrant une subvention allant jusqu'à Rs 75 000 (couvrant jusqu’à 25 % des coûts d'un système éligible). La cible est claire : 14 500 ménages visés sur 3 ans, dont un premier contingent de 3 600 dès 2026.
Cependant, le véritable coup de pied dans la fourmilière réside dans l’interventionnisme de l'État sur le marché. Constatant une hausse subite des prix chez les revendeurs locaux à la suite des récentes annonces budgétaires, le gouvernement crée CEB Energy, une filiale dédiée qui importera directement les équipements photovoltaïques. L’objectif affiché est de casser la spéculation, reprendre le contrôle de la chaîne d'approvisionnement et faire chuter les coûts. Si la vision d’une île Maurice carburant aux énergies propres fait l’unanimité, les méthodes employées divisent experts et observateurs économiques.
1. Le CEB Energy ne risque-t-il pas de tuer le secteur privé ? En s'imposant comme importateur direct et fournisseur via une filiale parastatale, l'État s'attaque aux spéculateurs, mais risque d'étouffer les petites et moyennes entreprises (PME) locales d'installation solaire qui font vivre des centaines de familles.
2. Quel coût pour le contribuable non bénéficiaire ? Absorber les frais d'installation, d'exploitation et de maintenance de 2 000 systèmes pendant 20 ans représente une charge financière importante pour le CEB. Est-ce viable sans une augmentation future des tarifs pour la classe moyenne ?
3. Le réseau électrique est-il prêt ? Injecter massivement de l'énergie solaire intermittente provenant de 80 000 toits exige une modernisation lourde du réseau de distribution et des capacités de stockage par batterie. Le CEB a-t-il la capacité technique d'absorber une telle volatilité sans risquer des black-outs ?
Si le Home Solar Project apporte une réponse concrète à la précarité énergétique de nos concitoyens les plus fragiles, sa viabilité globale dépendra de la capacité du gouvernement à réguler le marché sans anéantir la libre concurrence, tout en garantissant la santé financière du CEB.