18/05/2019
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Agrégé de philosophie à 22 ans🎓
Dans la communauté des savants, il est un prince. Son immense bureau sur la grande bâtisse logée dans les locaux de la prestigieuse renseigne à volonté sur la dimension de cet homme porté, en estime par l’université la plus riche au monde.
Elevé dans un environnement livresque où le savoir est érigé au rang de culte par un père «moukhadam» tidiane et une mère postière, tout est indiqué pour que le jeune Souleymane Bachir fasse un parcours spectaculaire. S’il est né à en 1955, c’est à qu’il a commencé ses études.
«J’ai fait la maternelle bien que c’était rare, à Ziguinchor à l’école Santiaba urbaine. Mon père était agent des postes, ma mère aussi était postière.» Derrière ses grosses lunettes, son corps frêle et sa silhouette longiligne, Souleymane Bachir Diagne est un savant. Ce n’est pas pour rien qu’il a été classé parmi les cent personnalités les plus influentes du monde
Ses maîtres : Diallo Lefebvre, Diouf, Koité, Serigne Niang, Althusser, Dérida
L’image de Diallo Lefebvre, son premier maître, qui jouissait d’une grande réputation d’enseignant rigoureux, figure mythique du savoir à , continue de hanter le brillant élève. A l’école primaire au début des années 1960, le jeune Souleymane Bachir va s’illustrer de fort belle manière en nageant sur tous ses camarades, confie une connaissance : «Il était toujours premier de la classe.» Affectation des parents oblige, il quitte la verte Ziguinchor en classe de Ce2, mais en garde des images fortes de la célébration des premières années de l’Indépendance.
«On était tout petit. On avait des drapelets qu’on exhibait tout joyeux, quand on voyait défiler devant nous les véhicules», se souvient-il. À Dakar, c’est d’abord à l’école Derklé qu’il va déposer ses baluchons pour quelques mois avant d’être reçu sur insistance de son arrière grand-mère à l’école Koité de Dieuppeul. «Monsieur Koité, le directeur était très craint et respecté et ma grand-mère a dû le rassurer pour qu’il m’accepte, confie Bachir. Je vous assure que vous ne serez pas déçu de mon petit-fils, lui avait-elle dit.» A la fin de l’année, le directeur et son maître du Cm2 M.Diouf ont été convaincus par le génie du garçon qui décroche avec brio le Certificat d’études et l’entrée en sixième. Cap sur le lycée d’excellence Vanvo.
Mais Bachir, ce n’est pas seulement le côté studieux, il aimait croquer la vie à belles dents. «On jouait au . A l’Ecole normale, je portais le numéro dix. Quand on était jeunes, on nageait aussi à la plage de Hann. A l’époque, elle n’était pas polluée. Il nous arrivait aussi de danser la pachanga qui était en vogue lors de nos soirées dansantes», se souvient-il nostalgique.
Elèves modèles : Feue Rose Dieng et Abdoul Mbaye ✔️
Lorsqu’en 1965, il rejoint le lycée d’excellence Van Vollenhoven actuel Lycée Lamine Guèye, Souleymane Bachir Diagne y rencontre le professeur Serigne Niang qui l’a initié à la rigueur mathématique. Devenu adolescent dans une classe scientifique, il reste quand même toujours collé aux livres. Ici, son ascendant sur ses camarades sera mis à rude épreuve par une jeune fille dont l’intelligence était subliminale : Rose Dieng. «Une dame super intelligente, gentille, affable, brillante» fascine le jeune Souleymane Bachir Diagne. «On a fait la terminale C, mais on se partageait tous les prix même en Latin et Grec au Concours général. Je n’ai pas toujours été premier. Parfois et le plus souvent d’ailleurs, c’est elle qui était première de la classe», se souvient-il, le trémolo de la voix trahissant l’émotion qui l’étreint.
Décédée il y a quelques années, Rose Dieng était polytechnicienne se souvient le condisciple de feu Badara Diouf du journal «Le Soleil», Macoumba Wade professeur d’histoire géographie et Amsatta Sarr professeur de philosophie. L’auteur de «Comment philosopher en islam» nourrit aussi une grande estime pour l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye que son chemin a croisé à nouveau à Louis le Grand: «J’étais de la même génération que son frère Cheikh Tidiane Mbaye. Au lycée, Abdoul Mbaye nous devançait de deux ans. Il était aussi très brillant. D’ailleurs, en France, quand j’étais en face d’un dilemme entre maths sup pour devenir ingénieur et l’Ecole normale supérieure, le proviseur m’avait parlé «d’un de ses élèves, un brillant Sénégalais nommé Abdoul Mbaye» pour me convaincre de faire Hypokhâgne pour préparer mon entrée à l’Ecole normale supérieure. Premier sénégalais à entrée à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, le jeune khâgneux amorce une carrière pleine de succès. Il flirte avec les idées de gauche de Althusser, Jacques Derrida du Parti communiste Français et Adrien Hountondji, Béninois agrégé de philosophie.
Agrégé en 1977 en philosophie à l’âge de 22 ans
Mais Souleymane Bachir n’en était qu’un sympathisant, malgré la forte influence de son oncle Alioune Sall Paloma, une figure de proue du maoïsme au Sénégal. En 1977, le jeune élève à l’Ecole normale supérieure décroche son agrégation en philosophie à l’âge de 22 ans. Même si l’envie de renouer avec les maths le démange, toujours est-il que ce virus ne le lâche pas. Ce qui le mène à la prestigieuse université Harvard des Etats-Unis pour une thèse sur la logique mathématique : «J’ai réussi à réconcilier les maths et la philosophie». Avec une tête bien pleine, il débarque à l’université Cheikh Anta Diop où il est recruté comme assistant en 1982. Le jeune prodige fera ainsi connaissance avec Marième Ly qui deviendra son épouse et confidente.