19/01/2022
Metavers expliquer aux nuls
Vous vous souvenez du film Ready Player One ? C’est un film où le monde reel est devenu tellement pourri que la majeure partie de la population passe sa vie dans un monde virtuel, appelé l’Oasis. Et si ce n’était bientôt plus de la science-fiction ? Et si ce monde était proche ? Vous avez sûrement entendu parler de la nouvelle ambition de groupe Facebook, fraîchement renommée Meta ? Le projet est clair, créer le successeur de l’internet tel que nous le connaissons. Le Metavers, contraction de “meta" et “univers" que l'on pourrait interpréter comme “au delà de l’univers”. Un univers virtuel où tout est possible, les seules limites sont celles de notre imagination. Mais au fait, c’est quoi un metavers ? D’où vient le terme metavers ? Le terme est apparu dans un roman intitulé le samouraï virtuel écrit par Neal Stephenson dans les années quatre-vingt-dix. Prenons un exemple plus récent, la vision proposée par Steven Johnson dans le film Ready Player One adapté du roman Player One d’Ernest Cline est assez intéressant. Dès les premières minutes, les héros nous expliquent que dans l’Oasis, le metavers du film, il est possible d’escalader les plus hauts sommets avec Batman, de surfer les grosses vagues au monde avant de descendre les pyramides en ski. Bref on peut faire à peu près tout-ce qu'on veut. Un jeu vidéo géant à l’échelle de l’univers. Pour balader dans ce nouveau monde, vous avez besoin d'un avatar. Un avatar c’est une représentation virtuelle de votre personne qui peut se décliner sous une multitude de possibilités : sexe, genre, ethnie, race etc. Les avatars peuvent représenter des personnages fictifs mais aussi votre jumeau numérique modélisé en 3D. Les dernières démonstration dans le monde sont assez flippantes. Bon, se balader dans un monde virtuel, on le connaît déjà. On avait déjà eu un aperçu avec le jeu second life sorti en 2003. Il proposait à n’importe qui de vivre une vie virtuelle par le biais d'un avatar: aller en boîte, rencontrer des gens, aller au boulot, aménager son appartement etc. La vision des metavers dans la science-fiction est souvent pessimiste. Le constat de départ est souvent le même : les metavers sont créés dans des mondes dystrophiques en alternatif au monde réel. Trop de choses vont mal au monde réel, donc on crée monde virtuel. Dans ce monde, tout le monde veut s’évader pendant des heures, voire y passer la majorité de son temps. L’économie du monde virtuel vient supplanter celle du monde réel. On retourne dans la réalité pour faire des choses basiques que l'on n'a pas réussi à numériser comme manger, dormir ou aller au toilette. On peut alors se poser la question suivante : pourquoi Facebook renomme sa maison mère et se lance dans la création de metavers ? Pour rappel, le Facebook ne va pas disparaître, le site Facebook restera le réseau social tel qu'on le connaît aujourd’hui. Il est détenu par la société mère Facebook Incorporation. Et c’est cette dernière qui sera renommée Meta pour être plus en adéquation avec leur nouvelle vision long terme. A peine annoncer, certains crient déjà au scandale. Comme tout changement majeur, ça peut faire un peu peur. Mettons de côté le passé sulfureux de Méta ( là je parle bien de la maison mère qui englobe Facebook, Instagram, WhatsApp, Messenger, Oculus VR et compagnie) en matière de protection de données privées quelques instants. Le Metavers imaginé par Méta et présenté par Mark Zuckerberg est légèrement différent de celui décrit dans Ready Player One. Il ne propose pas de remplacer la réalité à terme, mais plutôt de l’augmenter. Dans le film, tous les personnages s’immergent dans des mondes en réalité virtuelle. Pour la plupart, ils vivent l’Oasis comme un énorme jeu vidéo. C’est là où la version imaginé et proposé par Méta va un peu plus loin que la science-fiction. L’idée ce n’est pas qu'on passe toute la journée dans un jeu vidéo, mais qu'on vienne ajouter du virtuel au monde réel à terme. Imaginez que vous puissiez jouer aux jeux de sociétés en réalité augmentée avec votre ami qui habite à l'autre bout du pays via une paire de lunettes connectée. Imaginez que vous puissiez vous balader dans le corps humain en réalité virtuelle avec le commentaire d'un grand chirurgien en direct, vous dans l’amphithéâtre de faculté de médecine de N’Djaména et lui dans son bureau à Paris ou Washington DC. Les usages que je viens de décrire sont techniquement déjà possibles. Concrètement, la vision de Méta va bien plus loin que les mondes virtuels dystrophiques proposés par la science-fiction. L’objectif de Méta est de créer un metavers fusionné avec la réalité. Ce monde sera accessible par le biais d’une multitude de manières. Dans un premier temps via son smartphone/tablette, son ordinateur ou par un casque de réalité virtuelle. L’avenir verra peut-être apparition des nouvelles interfaces : des lunettes de réalité augmentée et/ou virtuelle, des capteurs sensorielles, des vestes à retour haptique, des lentilles de contact connectées voire même des implants. Le Metavers n'a ni fin ni commencement. Ce n’est pas un jeux que l'on peut mettre en pause. Il n’est pas cantonné sur un serveur pouvant accueillir seulement quelques joueurs. Tout se passe en temps réel et continue d’évoluer même quand on est hors ligne. Il intègre aussi sa propre économie qui peut être ouverte ou non sur le monde réel. Tout ce qui est créé à l’intérieur de ce monde persiste. Il se doit de proposer une continuité entre les expériences. La vision proposée par Méta mettra des années avant d’arriver en maturité. A en croire la présentation de Zuckerberg, Méta compte allouer des ressources énormes pour arriver en premier. On parle d’environ vingt milles personnes et des milliards de dollars. Jusqu’à là, je me suis concentré sur Méta mais ce n’est pas la seule entreprise dans la course. D'autres geants de la technologie se sont mis dans cette aventure comme Microsoft, BMW, Ali baba, TikTok, Fornite et bien d’autres. Au départ, il n’aura pas un mais plusieurs univers. Ce qu'on peut peut-être appelé des multivers. Chaque entreprise proposera des services aux autres dans son domaine de prédilection. On peut alors imaginer Méta pour la partie sociale, Epic Games pour la partie gaming, Microsoft pour la partie professionnelle et compagnie. Des question subsistes, arriveront t-ils à créer une compatibilité entre les différents systèmes, pour fusionner les multivers en un seul et unique metavers ? Qui sera chargé de la régulation ? Comment gérer les dérives créés par ces nouveaux usages ? Qui hébergera les serveurs ? Pouvons nous donner autant de pouvoirs à des corporations privés ? Que-ce passera t-il si l’économie réel devient trop dépendante d'un monde virtuel ? A qui appartiendra les données et contenus générer à l’intérieur du metavers ? La position du Méta sur ces sujets est assez flou. Si on se fie au dernière présentation, ils sont pour but de construire des parties de l’infrastructure et proposer des services sans pour autant s’approprier le projet. Ils auront besoin des autres acteurs de l’industrie, pour aller au bout de leur vision. Mais Méta souhaite être le premier à arriver. Le création du metavers a commencé bien avant l’annonce officiel de Méta, Microsoft et compagnie. Quand Facebook ( la maison mère, aujourd’hui Meta) achète l’Oculus VR en 2014, il s’inscrit dans cette logique. L’adoption de smartphone a eu un impact sur l’évolution de Facebook (le réseau social) qui a détrôné MySpace en seulement quelques années. En espace de quelques années, nous sommes passé de simple statut MSN, au partage de photos, de vidéos prisent avec nos smartphones derniers cri. Une seule plate-forme avait anticipé l’arrivée d’internet dans nos poches via nos smartphones : c’était Facebook. Aujourd’hui, Facebook reste le réseau social le plus utilisé. Il y a quelques années, Facebook cherchait absolument à rester dans la course du web 2.0 au travers du rachat de WhatsApp et Instagram ou tout simplement en copiant Snapchat et TikTok. Oui les stories et les réels sont complètement inspiré de concurrence et ils ne s'en cachent même pas, estimant qu'il n'y rien de mal à copier une bonne idée. La crainte de Mark Zuckerberg est de ne pas survivre à la prochaine révolution hardware. Comment continuer d’exister dans un monde où le smartphone n’est pas le premier moyen de communication ? Développer une version réalité virtuelle des applications de Méta ( Facebook, Instagram, WhatsApp) n’est pas suffisant. Il faut créer des nouvelles expériences et proposer de nouveaux usages pour sortir du lot. La meilleure défense reste l’attaque. Meta se doit d’être le premier pour constinuer d'exister. L’engouement autour des crypto-monnaie, des blockchains et des NFT (non-fungible token ou jeton non fongible en français) sont des prémices au metavers. La blockchain peut héberger tout un tas des applications. Mais elle peut aussi servir comme un tiers de confiance. Les NFT seront aussi un des pilier de l’économie de metavers. Les NFT sont des jetons uniques qui permettent de matérialiser la possession d’un bien (objet, œuvre d’art etc.) numérique. Leur fonctionnement se repose sur la blockchain. Ça permet d’avoir la certitude que les jetons appartient à telle ou telle personne. Si vous suivez l’actualité, ces jetons peuvent valoir très chers. On parle de plusieurs millions pour les plus chers. Par exemple, Le premier SMS de l'histoire, transmis par l'opérateur Vodafone le 3 décembre 1992, a été adjugé aux enchères le 21 décembre 2021 sous forme de NFT pour 107.000 euros, soit 132.680 euros après ajout des frais d'enchères, lors d'une vente organisée par la maison Aguttes en France. On comprend aisément que l’ambition de Meta n’est pas si nouvelle. Si on met de côté le memo interne expliquant la vision de metavers aux employés, on peut se souvenir que Facebook a tenté de lancer une crypto-monnaie. Le projet libra a été étouffé par le régulateur, car aucun gouvernement n'a intérêt à ce que Facebook développe une monnaie électronique. Depuis, le projet a été renommé Diem. On ne sait pas encore où est-ce qu’il va aboutir, mais ça ne sera pas étonnant de voir ressortir à l’approche d'une première version de metavers. Chaque nouvelle arrive avec son lot de dérives. En partie c’est pour cette raison que peu de gens sont enthousiastes à passer leur avenir dans un monde virtuel contrôlé par des corporations. Personne ne peut dire réellement qui sortira vainqueur de cette course effréné. Premier arrivé, premier servi comme dit le dicton. La plupart des définitions s’accordent sur un metavers ouvert et décentralisé. Dans cette hypothèse, il sera en théorie compliquer pour une corporation comme Méta d'exercer un contrôle absolu sur la plate-forme. Il est encore trop tôt pour le dire, mais on sait que Méta prévoira de mettre l'interopérabilité et la vie privée au centre de leur démarche. Est-ce qu'on peut leur faire confiance ? Même si on ne peut pas leur accorder une confiance absolue, les possibilités offertes par ce nouveau type de plate-forme nous pousse clairement à accepter le deal. Cependant, quand on voie l’ampleur que peut prendre les harcèlement sur les réseaux sociaux, on peut se demander si nous avons vraiment besoin de nouvelles plate-formes si immersives. Avec ces nouveaux usages, il faudra absolument imaginer de nouveaux moyens de protéger les utilisateurs et surtout les plus jeunes. On aime beaucoup critiquer Mark Zuckerberg, par rapport aux différents casseroles de Facebook, mais on oublie que la cause principale de problème, c’est souvent les utilisateurs. Les plate-formes sont des outils qui peuvent être utiles pour connecter les gens entre eux, les rassembler, les éduquer, les divertir ou bien stalker, harceler, discréditer, insulter, diffamer etc. Je ne cherche à prendre la défense de Facebook, mais un outil n'a pas d’opinion ni de préjugé. Si on arrive à créer un metavers mature dans les années qui arrivent, on assistera à une création massive de richesse. Les opportunités de création de business vont exploser. C’est ce qu'on appelle la créateurs économique. Le rappeur Tori Lanez a vendu un million de copie de son album sous forme de NFT en seulement cinquante sept secondes en août 2021. Vendu un dollar par pièce, il a donc généré un chiffre d’affaire d'un million en moins d'une minute. Une très belle rente pour un créateur de contenu ou un musicien . Les fans y trouvent aussi leurs comptes, un dollar est vraiment abordable pour un album en version numérique. Si ce rappeur a bien configuré ces NFT, il peut aussi récupérer des royalties sur chaque revente de ces albums et généré une rente à long terme au tour de sa musique. Les possibilités offertes par le metavers sont quasi-infinies. Il aura des nouveaux usages, des nouveaux métiers, bref une révolution de l’industrie où tout le monde peut tirer son épingle du jeu. Le Metavers est en quelque sorte l'internet du futur, un univers virtuel dans lequel on n’aura plus besoin de smartphones, ni d’ordinateurs. Nos outils se seront nos mains, nos yeux grâce à des lunettes de réalité augmentée et virtuelle. Un monde virtuel où chacun aura un avatar et sera possible en un geste de se teleporter d'une salle à l’autre, d'un concert à l’autre, d'un jeu à l’autre et surtout d'un magasin à l’autre. L’objectif du Méta c’est de construire une nouvelle forme de commerce. Il sera possible d’acheter en immersion à la fois des biens pour le monde virtuel ou pour le monde réel. On pourra aller par exemple dans un magasin de meubles, s’acheter sur le conseil d'un avatar un canapé soit pour son salon bien réel soit pour son salon de l’univers virtuel. Il sera possible de s'habiller, d'habiller son avatar. Ça peut paraître un petit peu surréaliste, mais on voit déjà ce genre de choses apparaître avec la carte panini ou dans les univers de jeu où les utilisateurs n’hésitent pas déjà aujourd’hui à dépenser de l’argent pour personnaliser leurs joueurs. Mark Zuckerberg vise un milliard d’utiliseur à terme, donc c’est un marché gigantesque qui s’ouvre devant nous. Selon un rapport de bloomberg intelligence, d'ici seulement 2024, le marché annuel du metavers pourrait déjà peser environ 780 millions de dollars.
Mahamat Saleh Mangaré