26/08/2024
DE NOS JOURS, L'HABIT FAIT SOUVENT LE MOINE!
Hééé Douala ! Tu peux faire ça à l'enfant des gengs?
En 2004, fraîchement rentré au Tchad après ma formation dans les opérations pétrolières aux USA, on m’envoie au Cameroun pour un stage de 3 mois. L’objectif : faire connaissance avec les collègues camerounais et me familiariser avec les équipements dans les différentes stations de pompage du pipeline Tchad/Cameroun.
C’est ainsi que par un bel après-midi ensoleillé, je foule pour la première fois le sol de Douala, cette ville dont on m’avait tant parlé. Après avoir rempli les formalités administratives au siège de la société situé à Bonanjo, un chauffeur me conduit jusqu'à un appartement situé dans le quartier résidentiel de Bonapriso.
Ayant quitté la maison très tôt pour prendre mon vol, je n'avais rien mangé depuis mon départ le matin. Aussi, dès mon arrivée à l'appartement, je me hâte d’aller prendre une do**he pour ensuite aller chercher à manger dans un restaurant voisin que j'avais repéré en arrivant.
Après m’être rapidement rafraichi, j'enfile un pantalon de jogging et un tee-shirt, puis je descends pour informer les gardiens que je me rends au restaurant voisin pour manger. Ils m'ouvrent le portail en me souhaitant bon appétit.
En entrant dans le restaurant, je remarque quelques employés en train de disposer les chaises et les tables, préparant l'endroit pour le service. L'un d'eux s'approche de moi et m'informe que le restaurant n'est pas encore prêt à accueillir les clients, me demandant de revenir dans environ 30 minutes.
Bien que la faim se fasse sentir, je me raisonne en me disant que si j'ai pu tenir 10 heures sans manger depuis le matin, 30 minutes de plus ne me feront pas de mal. Pour passer le temps, je décide de marcher un peu, me dirigeant vers l'intersection toute proche, afin de patienter en attendant que le restaurant soit prêt.
Après quelques minutes passées à observer la circulation, je reprends le chemin du restaurant, déjà en train de réfléchir à ce que j’allais commander pour apaiser ma faim. Je me dis que je vais jouer la sécurité et choisir quelque chose que je connais déjà, pour éviter la mésaventure que j’avais eue lors de ma première traversée du Nigeria en 1998.
Alors que je me trouve à une dizaine de mètres du restaurant, deux gaillards m’interpellent et me demandent de présenter mes pièces d’identité. En bon étudiant fraîchement revenu de chez l’Oncle Sam, je leur demande d’abord de décliner leur identité.
Éberlués mais consciencieux, ils s’exécutent et me montrent leurs badges, sur lesquels je lis quelque chose comme "service de la criminalité". Rassuré qu’il s’agit bien de policiers en civil, je plonge la main dans ma poche et me rends compte que dans ma précipitation, je n’avais pris que de l’argent.
Après avoir été si exigeant, je ne sais pas par où commencer pour leur expliquer que je n’ai pas mes papiers sur moi. J’essaie de leur faire comprendre que je suis un étranger, fraîchement arrivé cet après-midi à Douala, et que j’habite dans la villa juste à côté. Je leur propose même d’aller chercher mes papiers si nécessaire.
Ils jettent un coup d’œil à la villa que j’ai indiquée, puis me regardent à nouveau, dubitatifs. Visiblement, je ne ressemble pas du tout à quelqu’un qui habiterait dans cette villa.
Ils me demandent alors : "Que faisiez-vous dans ce restaurant tout à l’heure ?". Je leur réponds que, logeant juste à côté, je m’y étais rendu pour commander à manger, mais qu’on m’avait demandé de patienter 30 minutes.
Ils me disent que je mens, et l’un d’eux sort des menottes, m’informant qu’ils vont m’amener au poste pour éclaircir cette histoire. Il était presque 18h, je ne savais pas où ils allaient m’emmener, alors j’ai refusé qu’ils me passent les menottes.
Je leur propose alors d’aller vérifier avec les gardiens de la villa si je ne loge pas bien là. Si je mens, j’accepterai de les suivre sans protester.
Comme quelques curieux commençaient à s’intéresser à notre échange, les policiers se résignent à m’accompagner jusqu’au portail. Je sonne, et un gardien ouvre la porte. Les policiers se présentent et demandent au gardien s’il me connaît.
Le gardien me dévisage avec mépris et demande aux policiers s’ils ont bien regardé la maison devant laquelle ils se trouvent pour poser une telle question. Il appelle même son collègue pour confirmer qu’un énergumène comme moi ne pourrait même pas être nettoyeur dans cette villa.
À ma grande consternation, les gardiens qui m’avaient accueilli une heure plus tôt avaient fini leur service, remplacés par un autre groupe. Je demande aux nouveaux gardiens de consulter la main courante, mais ils refusent, demandant aux policiers de me dégager du portail car "cet endroit est fait pour les grands, pas pour des criminels comme moi".
Alors que les policiers, confortés dans leur idée que je mentais, me passent les menottes et s’apprêtent à m’amener, je tente un dernier coup de survie et lance aux gardiens : "Appelez à la radio Charlie Base et demandez s’il n’y a pas un étranger arrivé cet après-midi du Tchad. Si vous ne le faites pas et qu’il m’arrive quelque chose, vous en serez tenus pour responsables !"
À l’entente du nom "Charlie Base" et sous l’effet de ma menace, les policiers demandent aux gardiens de vérifier à la radio. C’est ainsi qu’avec un immense soulagement, j’entends la réponse de Charlie Base, résonnant encore dans mes oreilles aujourd’hui : "Oui, il y a un expert du pipeline arrivé cet après-midi du Tchad, qui loge dans votre appartement. Une voiture viendra le chercher demain matin pour le conduire à Kribi."
Avant même que le message ne soit entièrement transmis, les policiers, visiblement embarrassés, se hâtent de m'enlever les menottes tout en présentant des excuses. Quant aux gardiens, pris de panique, ils se jettent presque à mes pieds pour implorer mon pardon, oubliant même de répondre à Charlie Base qui attendait confirmation que tout allait bien.
Les policiers m'expliquent alors que, quelques mois plus tôt, le restaurant avait été le théâtre d'un braquage tragique, au cours duquel deux employés avaient perdu la vie et une somme importante avait été dérobée. Depuis cet incident, une équipe de surveillance est constamment présente dans le quartier. Ils me conseillent de ne plus sortir sans mes papiers et de songer à couper mes cheveux si je compte rester à Douala, car la mode y est plutôt aux coupes très courtes.
Ce soir-là, je me suis couché sans manger, la faim ayant complètement disparu à l’instant où l’on m’avait passé les menottes. Le lendemain, je me suis rattrapé à Edéa, en route vers Kribi, en savourant du bon maquereau braisé avec des bâtons.
Cette première visite à Douala m’a appris une leçon précieuse que j’allais confirmer tout au long de ma vie : même s’il est dit que l’habit ne fait pas le moine, il faut admettre que sans habit, un moine ne sera jamais reconnu comme tel.
Qu'est-ce que tu peux tirer de cette histoire ?
Toi qui te cherches encore ; Toi dont le nom n'est pas encore une marque déposée ; Toi qui n'as pas hérité d'un nom ; Toi qui passes même inaperçu sous les feux d’un projecteur ;
Oui, toi. Écoute bien ceci :
Donne-toi d’abord de la valeur pour que les autres te valorisent ;
Habille-toi et comporte-toi selon les circonstances et les milieux que tu fréquentes ;
Apprends à t’adapter aux règles, coutumes et conditions de ton environnement.
Et même s’il est dit que l’humilité précède la gloire, pense à cette expression : "Fake it until you make it !"
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Je suis Mao. Humain, ingénieur et coach.
J'aide les jeunes africains à changer leurs pensées en partageant avec eux mes recherches, réflexions et expériences pour améliorer les conditions de vie dans leurs communautés.