30/11/2025
« Différence entre savoir, savoir-faire et savoir-être : les trois piliers de la compétence professionnelle ».
INTRODUCTION
Dans un contexte professionnel marqué par la complexification des métiers, l’exigence de qualité et l’évolution rapide des savoirs, la notion de compétence s’impose comme un repère incontournable. Longtemps réduite à l’accumulation de connaissances, la compétence est aujourd’hui comprise comme un ensemble intégré de ressources mobilisées dans l’action, suivant la définition de Philippe Perrenoud (1997). Cette conception englobe trois dimensions fondamentales : le savoir, le savoir-faire et le savoir-être.
Si le savoir représente le registre des connaissances théoriques, le savoir-faire renvoie aux capacités pratiques et opérationnelles, tandis que le savoir-être désigne l’ensemble des attitudes et comportements mobilisés dans la situation professionnelle. Ces trois dimensions constituent, selon Guy Le Boterf (2000), les « ressources internes » de l’acteur compétent.
Dès lors, en quoi ces trois catégories se distinguent-elles, et comment contribuent-elles à la formation d’une compétence professionnelle véritable et efficace ? Cette réflexion permettra de clarifier leurs différences tout en montrant la complémentarité qui fonde la performance professionnelle.
DÉVELOPPEMENT
I. Le savoir : la base cognitive de la compétence
Le premier pilier de la compétence professionnelle est le savoir, entendu comme l’ensemble des connaissances théoriques et informationnelles. Pour Durkheim, l’éducation vise d’abord à « socialiser l’enfant par les connaissances ». Dans le cadre professionnel, ces connaissances constituent un socle épistémologique sans lequel aucune action réfléchie n’est possible.
1. Nature du savoir
Il comprend :
les notions théoriques,
les lois scientifiques,
les concepts disciplaires,
les textes réglementaires.
Par exemple, un enseignant doit connaître la taxonomie de Bloom, les théories de l’apprentissage (Piaget, Vygotsky, Bandura), ou encore les programmes officiels.
2. Importance du savoir
Sans savoir, la pratique devient mécaniciste. Comme l’affirmait Aristote, « il n’y a de véritable science que du général » : c’est la connaissance qui éclaire l’action. Dans les métiers de la santé, un infirmier doit connaître l'anatomie humaine avant toute intervention ; dans la construction, il faut comprendre les normes de sécurité avant de manipuler les outils.
3. Exemple concret
Un enseignant qui ignore les caractéristiques du développement cognitif de l’enfant ne saura pas adapter ses méthodes. Le savoir est donc la matrice intellectuelle de toute compétence.
II. Le savoir-faire : la maîtrise pratique et technique
Si le savoir constitue la base, le savoir-faire en est l’application. Selon John Dewey, « on apprend en faisant » : la compétence se manifeste réellement dans l’action.
1. Nature du savoir-faire
Il désigne :
la capacité à appliquer une procédure,
les techniques professionnelles,
la résolution concrète des problèmes,
la maîtrise des outils, méthodes et gestes.
Dans la pédagogie, cela comprend : planifier une séquence, animer un cours, gérer une classe, différencier les activités, évaluer les apprentissages.
2. Importance du savoir-faire
Perrenoud souligne qu’une compétence implique la « mobilisation intégrée » des savoirs. Le savoir-faire donne vie au savoir. Un médecin peut maîtriser parfaitement la théorie, mais sans savoir-faire clinique (diagnostic, protocole), il ne peut exercer. De même, un conducteur qui connaît le code de la route mais ne maîtrise pas les gestes techniques ne peut conduire.
3. Exemple professionnel
Dans une salle de classe nigérienne de 70 élèves, un enseignant compétent sait :
utiliser le questionnement pour engager les apprenants,
adapter son rythme,
gérer les perturbations,
appliquer une démarche inductive ou déductive selon la situation.
Le savoir-faire est donc l’expression pratique et visible de la compétence.
III. Le savoir-être : la dimension humaine, éthique et relationnelle
Enfin, le savoir-être constitue la dimension la plus subtile mais non moins essentielle de la compétence. Selon Le Boterf, il renvoie à l’ensemble des attitudes, comportements, valeurs et postures professionnelles.
1. Nature du savoir-être
Il comprend :
les qualités relationnelles (empathie, respect),
les attitudes (ponctualité, honnêteté),
les valeurs (responsabilité, déontologie),
la gestion émotionnelle.
2. Importance du savoir-être
Le savoir-être conditionne l’efficacité du savoir et du savoir-faire. Carl Rogers, psychologue humaniste, affirmait que l’authenticité, la considération positive et l’empathie sont les clés de toute relation d’aide. Dans un contexte éducatif ou médical, le savoir-être assure la confiance et la coopération.
3. Exemples professionnels
Un enseignant autoritaire et méprisant, même s’il maîtrise bien le contenu, échouera à motiver ses élèves.
Un agent de santé sans empathie découragera les patients.
Un manager incapable de communication bloquera l’innovation.
Dans le contexte scolaire africain, où l’école est aussi un lieu de socialisation, le savoir-être joue un rôle crucial : la patience, la neutralité, la gestion non-violente des conflits sont indispensables.
IV. Une complémentarité indispensable dans la compétence professionnelle
La véritable compétence résulte de l’articulation harmonieuse de ces trois dimensions. Le Boterf insiste : « Ce n’est pas le capital de ressources qui rend compétent, mais la capacité à les mobiliser ».
1. Une compétence = intégration des trois savoirs
Le savoir éclaire.
Le savoir-faire réalise.
Le savoir-être humanise et donne sens.
2. Déséquilibre des savoirs : conséquences
Trop de savoir sans pratique : expertise théorique mais inefficacité.
Trop de savoir-faire sans théorie : technicisme sans compréhension.
Trop de savoir-être sans les deux autres : bonne volonté mais incompétence.
3. Exemple illustratif
Un enseignant compétent au Niger maîtrise :
les programmes (savoir),
les techniques pédagogiques adaptées à des classes parfois surchargées (savoir-faire),
une posture bienveillante et professionnelle (savoir-être).
Cette combinaison garantit une performance durable.
CONCLUSION
Le savoir, le savoir-faire et le savoir-être ne sont pas trois entités juxtaposées, mais trois dimensions constitutives et complémentaires de la compétence professionnelle. Le savoir fournit les connaissances nécessaires ; le savoir-faire permet leur mise en pratique efficace ; le savoir-être assure les attitudes et valeurs indispensables à une action empreinte d’éthique et de humanité.
Ainsi, la compétence professionnelle s’apparente à une synergie entre théorie, action et comportement. Comme l’énonce Le Boterf, l’acteur compétent est capable « d’agir avec pertinence », c’est-à-dire d’intégrer ces trois ressources en vue d’une performance contextualisée.
Dans un monde professionnel en constante évolution, la formation doit donc viser non seulement la transmission du savoir, mais aussi le développement du savoir-faire et du savoir-être, pour former des professionnels complets, efficaces et responsables.
Petite bibliographie indicative
Perrenoud, P. (1997). Construire des compétences dès l’école. Paris : ESF.
Le Boterf, G. (2000). De la compétence : Essai sur un attracteur étrange. Paris : Éditions d’Organisation.
Dewey, J. (1938). Experience and Education.
Carl Rogers (1961). On Becoming a Person.
Durkheim, E. (1911). L’éducation morale.