04/14/2020
LE MANAGER ET LA RÉSISTANCE AU CHANGEMENT
Aujourd'hui nous allons aborder le rôle du manager dans la gestion des résistances au changement dans une organisation.
D'abord, qu'est ce que le CHANGEMENT?
Le changement est un résultat, en l'occurence un aménagement de l'existant ou une transformation radicale. En d'autres termes, le changement consiste à passer d'un "état A" à un "état B". A étant l'ancien et B le nouveau, accepter B c'est renoncer à A.
La renonciation ou la perte de l'ancienne (position) entraîne naturellement des résistances notamment à cause de l'incertitude liée au future et donc au résultat du changement.
Les RÉSISTANCES au changement sont inhérentes à tout processus de changement. Qu'il soit désiré ou non, le changement suppose la perte ou l'abandon de certaines pratiques ou manières de faire, de certains avantages dont il faut faire le deuil. On quitte une position acquise pour une position "à retrouver".
La psychiatre Allemande Elizabeth Kubler-Ross a observé les étapes dans la traversée du deuil. Son modèle, adapté à l'entreprise, nous donne les étapes suivantes: le Déni, la Colère, le Marchandage, la Décomposition, la Résignation, l'Acceptation et l'Intégration.
Quand on annonce un changement, les gens sont propulsés sur l'une des étapes de la traversée du deuil. C'est très rare que le changement soit accueilli favorablement par ceux qui seront impactés.
En tant que manager, ne vous sentez pas coupable de voir vos collaborateurs dans un état inconfortable. Votre rôle est par contre de les accompagner à passer chaque étape dans la traversée du deuil.
Maintenant, abordons les caractéristiques et les manifestations de chacune de ces étapes :
Etape 1: le DÉNI
L'annonce du changement entraîne un choc. Chacun enclenche un mécanisme de rejet. On fait semblant d'ignorer, on minimise. On se dit, "cela ne se fera pas", ou "cela ne me concerne pas" ou "cela ne va rien changer pour moi". A ce stade de déni, les collaborateurs ne voient pas B (le nouveau ou le futur).
Étape 2: LA COLÈRE
A cette étape, l'annonce du changement est enregistrée. On prend conscience que A ne sera plus et on continue de se défendre mais par la colère. La colère peut se manifester sous forme d'argumentation, "c'est n'importe quoi", "cela ne va pas marcher", "voilà ce que je ferai si cela se faisait"...etc. La colère peut aussi se manifester de manière froide et par inertie. "Je ferai ceci ou cela quand j'aurai le temps", la personne vous tourne en rond et rien ne se passe. La colère peut également prendre la forme de la révolte : appel à la grève, ou sabotage à l'encontre des intérêts de l'entreprise.
Étape 3: LE MARCHANDAGE
A mesure que l'information du changement fait son chemin, on commençe par marchander souvent intérieurement avec soi-même, "si je garde mon poste, je jure que je ferai-ci ou cela"; "si on ne m'augmente pas de 20%, je jure que je vais démissionner ", si vous ne procédez pas à aucun licenciement, alors nous pourrons accepter"...etc.
Le marchandage avec soi ou l'autre n'obtient pas toujours gain de cause.
Étape 4: LA DÉCOMPOSITION
Après avoir résisté par le déni, la colère, le marchandage et obtenu ce qui pouvait l'être, vient ensuite la décomposition. Il n'y a plus d'énergie pour résister.Toute l'énergie a été brûlée dans les phases précédentes. La nouvelle du changement est là, inévitable et il faut l'accepter. La perte de A, de l'ancien, est inévitable. Il ne sert plus à rien de se battre. Cette phase est caractérisée par une énergie basse, un désengagement, un retrait. Dans cette phase, arrivent parfois les larmes et puis aussi les congés-maladies voire les dépressions. L'efficacité du travail est en baisse par manque d'énergie et d'élan.
Étape 5: LA RÉSIGNATION
A cette étape, on a compris qu'il faut aller vers B même si cette perspective ne plaît pas et qu'on ne sait pas comment y aller. Au terme de cette étape, se fait le choix. Oui maintenant, le changement se fera dans l'entreprise ou dans le service, "qu'est ce que je fais ou pas?", "je m'accroche au wagon ou pas?", "je fais partie du lot ou pas? Choisir B, c'est renoncer à A.
Lors de cette phase, il n'y a plus d'émotion. La peur, la colère et la tristesse sont souvent derrière soi. Le choix peut se faire rationnellement. Il y aura ceux qui choisissent de démissionner ou agissent pour au risque de se faire renvoyer. Ils ou elles cumulent les arrêts, ou sont présents sans l'être réellement. Ce faisant et au bout du rouleau, Il n'y a plus de place pour eux dans la nouvelle organisation et ils ou elles démissionnent.
Étape 6: L'ACCEPTATION
Il y a ceux qui acceptent de regarder vers B et qui renoncent à leur ancien confort ou au passé. Choisir c'est renoncer ! Ils peuvent toujours travailler avec une nostalgie du passé mais cela ne les empêche pas d'agir et de s'investir. D'une certaine manière, c'est là que le deuil est vraiment fait. Une certaine sérénité s'instaure. La phase émotionnelle est derrière soi.
Étape 7: L'INTÉGRATION
C'est seulement à ce niveau que la performance s'améliore à nouveau. Le changement prend du sens. On cherche à le comprendre. On va chercher des informations pas pour être rassuré mais pour savoir comment construire. Si c'est par exemple une fusion qui amène à la suppression de poste, on commence par chercher l'information pour trouver un autre poste dans la société. On se met en condition d'imaginer la nouvelle organisation...à quoi elle peut ressembler. On commence par dessiner dans sa tête un plan d'actions. On prend des initiatives, on s'engage vraiment sur le résultat. On s'approprie les bonnes pratiques jusqu'à la réussite.
Enfin, voyons comment le manager peut aider ses collaborateurs à passer avec succès chaque étape.
Ici, les sept étapes sont décomposées en quatre phases ci-après: phase 1: Déni - Colère, phase 2: Marchandage - Décomposition, phase 3: Acceptation - Intégration, phase 4: Actions.
- Le rôle du manager dans la phase 1 est d'INFORMER.
Pour aider le collaborateur à dépasser cette phase, le manager devra informer, répéter le message, présenter clairement le changement en quoi il est nécessaire et urgent. Il devrait aussi informer sur ce qui ne change pas. Il doit favoriser l'expression, le partage des mots, des émotions avec empathie sans pour autant chercher à rassurer. A cette étape, il ne sert à rien de chercher à rassurer car c'est le moment de laisser libre cours à l'émotion.
- Le rôle du manager dans la phase 2 est d'ACCOMPAGNER.
Dans cette phase de remise en question, la priorité est d'accompagner. Le manager devra continuer à communiquer sur le changement, favoriser les échanges, réfléchir ensemble sur les conditions de réussite du changement et sur l'avenir du changement. Le manager devra valoriser les comportements adéquats, accompagner individuellement les plus résistants. A ce stade, il est important de garder le cap sans se précipiter.
- Rôle du manager dans l'etape 3: ENCOURAGER
dans cette phase de remobilisation, la priorité est d'encourager. Il faudra valoriser et féliciter toute initiative qui va dans le sens souhaité. Continuer à avancer par un travail de partage collectif en orientant la réflexion sur une vision partagée.
- Rôle du manager dans la phase 4: RECONNAÎTRE
La priorité à cette phase est de reconnaître et donner du sens. Il faudra commencer par regarder ce qui a déjà été accompli et les objectifs atteints. Il faudra aussi capitaliser sur les succès et encourager les individus et les équipes dans l'amélioration continue.
En CONCLUSION, la résistance est normale dans tout processus de changement, qu'il soit un aménagement de l'existant ou d'une transformation radicale. Ce qui est important, c'est le rôle et l'accompagnement du manager ou du dirigeant dans les différentes étapes dans la traversée du deuil (passage de l'ancien au nouveau). Dans le processus du changement, passer par toutes les étapes, est normale. Ces étapes sont plus ou moins longues pour chaque collaborateur ou individu. Parfois, il arrive de revenir à une étape précédente. C'est une bonne nouvelle quand un collaborateur passe à l'étape suivante. Ensuite il faudra l'accompagner sur l'étape suivante.
"Il n'y a pas de changement sans les Hommes. Soyez attentifs à leur résistance naturelle. Ils y résistent parce qu'ils y perdent quelque chose ou pensent qu'ils y perdent quelque chose. Il y a donc un deuil à faire. Ne faites pas la guerre aux résistances au changement. Accompagnez les personnes dans le processus. Évitez le saut de Tarzan de vouloir passer directement d'un point A au point B." Aussi, prenez bien soin de préparer les différentes phases dans votre rôle de planification d'accompagnement et de mise en œuvre du changement. Comme le dit si bien un adage, "il faut bien penser le changement pour éviter de changer de pansement".
Merci et à la semaine prochaine !
Edmond SOTONDJI, MBA, MPM